Ce qui vient #1

Mikiko Kumazawa

La lecture des ouvrages de Olivier Hamant est à la fois une découverte et une confirmation. Découverte à l’occasion d’une interview sur élucid.media. Biologiste végétal, chargé de recherches à l’École Nationale Supérieure de Lyon, son objet de recherche est la robustesse, en particulier la robustesse du vivant. La thèse centrale de ses travaux est que le vivant pour être robuste doit être nécessairement adaptable et non adapté.
Adapté signifie que l’on a instance une forme d’organisation qui épouse les contraintes de situations données. Être adapté c’est être au mieux de ce que l’on peut face aux exigences et donc être performant. Mais c’est dans le même temps, être dans une nasse, dans une ultime réalisation, au principe qu’au plus on épousera la performance, que la congruence de la réponse à l’exigence sera parfaite, au plus la plasticité sera coûteuse voire impossible.

La performance est donc en soi, une impasse évolutive. Au delà de la performance individuelle, imaginer une société dont tous les membres sans exception seraient performants suppose en première analyse un monde extrêmement varié, proposant des situations extrêmement diverses susceptibles d’accueillir l’ensemble de ces performances individuelles, d’une part. D’autre part, la performance étant par nature coûteuse, ce monde devrait disposer de ressources abondantes et stables. Le risque évident est alors que la performance épuise le monde dans lequel elle s’exerce.

Nous y sommes avec le franchissement des limites planétaires. À cet épuisement des ressources, s’ajoute l’instabilité, évidente si l’on pense au dérèglement climatique par exemple1Ce dérèglement climatique associe : une tropicalisation des saisons avec une saison froide, faite de pluies abondantes voire torrentielles, un régime de vent aux allures cycloniques et une saison sèche, caniculaire, de grande sécheresse ; une très grande variabilité des températures, du vent, des précipitations au sein de ces saisons ; une succession de situations météorologiques extrêmes.. Ce qui caractérise aujourd’hui notre monde n’est donc plus l’abondance et la stabilité, mais au contraire, la rareté et l’instabilité. Pour pouvoir vivre dans un monde tel que celui-là, être adapté est un non-sens : il faut être adaptable.

Notes

  • 1
    Ce dérèglement climatique associe : une tropicalisation des saisons avec une saison froide, faite de pluies abondantes voire torrentielles, un régime de vent aux allures cycloniques et une saison sèche, caniculaire, de grande sécheresse ; une très grande variabilité des températures, du vent, des précipitations au sein de ces saisons ; une succession de situations météorologiques extrêmes. ↩︎

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