Affligeant. D’autant plus que dans le tas, il y a des médecins du travail. « Bonne fête du travail, hein ! Je veux dire bon repos ! » Ben oui, si tu fêtes le travail, alors tu te reposes. Il est entendu, en effet, que la seule véritable finalité du travail, c’est le repos. Parce qu’au fond, tu travailles pour ne plus travailler. Lorsque tu as fait ton temps : quotidien, hebdomadaire, mensuel, annuel. Jusqu’au jour où tu as la retraite : et alors à toi le repos perpétuel. Perpétuel avant d’être éternel. Cette histoire de repos obligatoire le jour de la fête du travail, l’autre ça le rend raide dingue. Que le travail soit obligatoire, lui et ses comparses en gardent la nostalgie : le pays allait bien mieux lors du STO1Instauré par le gouvernement de Vichy, le Service du Travail Obligatoire place la France en troisième fournisseur de main-d’oeuvre du régime nazi. Elle fut le pays qui lui fournit le plus d’ouvriers qualifiés.. Le voilà même à appeler un boulanger épinglé par l’Inspection du Travail pour l’assurer de son soutien : car le jour de la fête du travail, il n’y a pas à tortiller, on fête le travail ! Arbeit !
Parce que les sociétés meurent par amnésie : le 1er mai est le jour de la fête des travailleurs, et non du travail. Cette journée fut pendant plus de 50 ans une journée de grèves et de manifestations pour rompre avec une vie de labeur et de misère, pour conquérir entre autres la journée de 8 heures. Ce n’est qu’après ces luttes qu’elle fut déclarée fériée, chômée et payée en célébration des combats du mouvement ouvrier.
Pour comprendre la haine autour de ce 1er mai — haine, le mot n’est pas trop fort — il faut redonner sa définition au travail : le travail est l’activité humaine ressaisie dans les rapports sociaux du capitalisme, à savoir en particulier le rapport salarial, et qui consiste en un rapport de double séparation : la séparation des travailleurs d’avec les moyens de la production et d’avec les produits de la production2Repris de Frédéric Lordon ici.. Comme d’habitude avec les intellectuels comme Frédéric Lordon tous les mots sont importants, mais ce qui m’intéresse ici est la définition du travail en tant qu’activité humaine reprise dans un rapport social. Car c’est bien de cette main-mise qui se veut complète, et même totalitaire, sur l’activité humaine dont il est question dans ce 1er mai. Du point de vue de la classe dominante, c’est à elle de décider le qui, le quoi, le quand et le comment du travail. Et ce 1er mai lui est fiché comme un pieu dans la gorge. Il lui rappelle que le travail n’est pas une marchandise qu’elle peut écouler à sa guise, mais le résultat d’un rapport de force.
Le travail est politique. Le premier jour de mai fête le printemps des travailleurs : on y mange de la tarte aux fraises et on ne s’offre pas du muguet. Mais le médecin ne fait pas de politique, à l’image du schmilblick de Coluche. C’est à cette condition qu’il est un oeuf.
Notes
- 1Instauré par le gouvernement de Vichy, le Service du Travail Obligatoire place la France en troisième fournisseur de main-d’oeuvre du régime nazi. Elle fut le pays qui lui fournit le plus d’ouvriers qualifiés.
- 2Repris de Frédéric Lordon ici.
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